À la Bourse de Commerce, Céleste Boursier-Mougenot installe un bassin sonore où le hasard devient musique et la contemplation, une forme de résistance
Il suffit de franchir le seuil de la rotonde pour que le tumulte de la ville s’efface. Là, sous la coupole majestueuse de la Bourse de Commerce, un bassin circulaire de 18 mètres de diamètre s’étend comme un miroir d’eau silencieux. À sa surface, des dizaines de bols en porcelaine dérivent lentement, s’entrechoquant au gré d’un courant invisible. Chaque contact produit un son délicat, une note suspendue, une vibration qui semble venir d’un autre monde.



Photos : Bourse du commerce/Kbsp/DR
Une œuvre qui respire
Clinamen n’est pas une installation spectaculaire. Elle ne cherche pas à impressionner, mais à apaiser. Le visiteur est invité à marcher lentement autour du bassin, ou à s’asseoir sur un banc en bois clair qui épouse la courbe du lieu. Le temps se dilate. Les sons se mêlent. L’espace devient un refuge. Céleste Boursier-Mougenot, musicien devenu plasticien, explore depuis plus de trente ans les liens entre le son et la matière. Clinamen, créé pour la première fois en 1997, puise son nom dans la physique épicurienne : cette déviation imprévisible des atomes, ce petit écart qui rend le monde possible. Ici, ce sont les bols qui dévient, qui se rencontrent, qui chantent.
Une mélodie née du hasard
La musique de Clinamen n’est pas écrite. Elle advient. Elle évoque Debussy, Cage, Nono, mais aussi les silences et les respirations de l’eau. Elle rappelle les bassins des Nymphéas de Monet, les bleus flottants de Miró, les champs de couleur de Rothko. Elle ne raconte rien, mais elle suggère tout. Et pourtant, derrière cette douceur, il y a une forme de radicalité. Céleste Boursier-Mougenot n’est pas un esthète détaché du monde. Son esprit punk affleure dans d’autres œuvres, comme From here to ear, où des oiseaux jouent de la guitare électrique. Il aime les interférences, les accidents, les rencontres improbables.




Photos : Bourse du commerce/Kbsp/DR
Une parenthèse dans le tumulte
À l’heure où le monde semble s’accélérer, Clinamen propose une pause. Une respiration. Une invitation à écouter autrement, à regarder sans chercher à comprendre, à se laisser porter par le rythme lent des choses. C’est une œuvre qui ne s’impose pas, mais qui s’offre.Jusqu’au 21 septembre, la Bourse de Commerce devient un lieu de méditation sonore, un espace où le hasard devient harmonie, et où l’art murmure ce que les mots ne peuvent dire.
En bref
« Clinamen »
La Bourse de Commerce, 2 rue de Viarmes, 75001, Paris
Jusqu’au 21 septembre 2025



Photos : Bourse du commerce/Kbsp/DR